L’importance de chérir

Est-ce qu’on chérit toujours tout ce qu’on achète?  À l’émission Les Chefs, Daniel Vézina répétait si souvent aux cuisiniers de “respecter le produit” qu’on en a fait un running gag.  Mais le Chef a raison sur toute la ligne.

Je ne comparerai pas une paire de jeans avec un pavé de saumon à l’aneth, mais posons-nous la question honnêtement: les vêtements, chaussures et accessoires qu’on ramène à la maison, est-ce qu’on les aime autant, une fois l’excitation de la nouveauté passée? Est-ce qu’on leur rend justice?

Je me souviens de mes premiers achats faits avec mes sous,  c’était des vêtements de la regrettée entreprise québécoise Jacob Jr.  On trouvait ça plus cher qu’ailleurs, (ce l’était) mais chaque fois que mes économies d’adolescente me permettaient de m’acheter “du Jâcob”, (je suis Trifluvienne) je portais mes vêtements le plus souvent possible parce que j’en étais extrêmement fière.  En d’autres mots:  je les valorisais. Je les chérissais. Vous savez, ce sentiment de posséder le St-Graal?

Aujourd’hui, des items auxquels on fait vraiment attention,  on en a combien? Des items qu’on agence de toutes sortes de façons pour les porter le plus souvent possible sans que ça paraisse, on en a combien? Des items qu’on regrette de ne pas avoir achetés en 2 exemplaires tellement l’idée de les perdre un jour nous est insoutenable? On en a combien?

Ça, c’est chérir.   Et malheureusement, c’est souvent relié aux produits qui nous ont coûté cher.  Or, ça n’a rien à voir avec le prix. En fait, ça devrait n’avoir rien à voir avec le prix.

Au cours des dernières années, on a collectivement valorisé le petit prix, au détriment du produit lui-même, et de tout ce qui vient avec.  Pendant longtemps,  l’important a été que ce soit le moins cher possible, ce qui a malheureusement contribué à populariser une phrase qui me fait l’effet des ongles sur un tableau: “Au prix que ça a couté, ça durera le temps que ça durera.”

Quand on ne chérit pas un produit, on ne respecte pas non plus la personne qui l’a fabriqué.  Et c’est d’autant plus vrai dans l’industrie de la mode.  C’est correct d’être excitée à l’idée d’un deal…. à condition d’aimer le produit autant que son prix et de le faire durer.  Parce qu’un petit prix, ça reste parfois au fond du tiroir.   Ça s’agence parfois mal.  Ça s’entretient parfois difficilement. On s’en lasse souvent plus vite.

Acheter un deal, c’est pas toujours une bonne affaire. Heureusement, tout ça est en train de changer parce qu’on reconnait l’importance d’acheter un produit pour ce qu’il est, pas juste pour l’aubaine qu’il représente.

Qu’on achète du fast fashion ou des vêtements fabriqués localement, l’important, c’est de les acheter parce qu’on les aime, qu’on les aime vraiment, et qu’on sait qu’on les portera longtemps.  C’est la seule façon de rentabiliser nos sous  et de compenser, dans une certaine mesure, les effets de leur production sur les humains et l’environnement.

Je disais donc que les vêtement pas chers sont généralement ceux dont on se débarrasse le plus rapidementL’ironie, c’est qu’ils sont souvent fabriqués dans des matières synthétiques, (parce qu’elles coûtent moins cher aux fabricants) mais ce sont les tissus les plus durables qu’on puisse trouver. Cherchez l’erreur!

“Oui, mais c’est pas le tissu qui se brise, c’est les coutures qui se défont!” me direz-vous.

Je suis d’accord, j’en suis consciente. Mais se débarrasser d’un vêtement décousu au lieu de le réparer, c’est comme se séparer à la première chicane de couple. Ça en dit beaucoup sur notre attachement réel.

Quand on investit dans un produit  plus cher, on fait généralement plus attention. On chérit beaucoup plus.  Mais pourquoi on aurait pas le même comportement avec ce qui est abordable?

Pourquoi le petit prix justifierait-il que le vêtement ait moins de valeur, à nos yeux?

Non seulement acheter moins ne tuera pas l’économie mondiale, choisir mieux ce qu’on achète et où on l’achète pourrait sauver la nôtre.

Laurence Bareil

 

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